Un instituteur protestant :
Christian Loew (1836-1897)



Christian Loew naquit le 13 juillet 1836 à Adamswiller où son père, originaire d’Oberbronn, exerçait la profession d’instituteur. Après des études à l’Ecole Normale de Strasbourg de 1853 à 1856, et diplôme en poche, il eut la velléité de se rendre à Paris. Mais l’Administration lui proposa de suppléer l’instituteur Jacques Cuntz (1801-1858) de Neuwiller qu’une maladie de poitrine chronique empêchait de poursuivre ses fonctions.
Bon gré mal gré, il se présenta donc dans notre commune, prit contact avec son collègue ainsi qu’avec le pasteur Jaggi et le maire Mettra. Pour rémunération, la commune lui proposa une subvention de 200 F que complétait le traitement d’organiste de 100 F cédé par Cuntz qui lui fournirait en sus le gîte et le couvert dans la maison d’école.
Le jeune enseignant se rappela l’esprit de sacrifice prôné par l’Ecole Normale : « 
L'Etat vous demande plus que le tribut de votre intelligence et de vos connaissances, c'est l'homme tout entier qu'il réclame. » (Guizot) Il ne devait espérer « ni gloire ni fortune » mais se contenter « de l’austère plaisir d’avoir servi ses frères humains. » Cette résignation au sacerdoce fut un peu adoucie par la présence, également dans la maison d’école, de Melle Handwerk, la directrice de la salle d’asile (école maternelle). Une idylle se noua d’ailleurs entre les deux jeunes gens mais un différend provoqua le départ de la directrice. « Dès ce moment, la conduite de M. Loew était insupportable, il commença à me décrier dans tout Neuwiller et même auprès de M. le maire, en disant que la nourriture était trop mauvaise, etc. qu’il ne peut pas rester. Il n’a rien négligé pour indisposer les bourgeois contre moi… Afin que vous compreniez bien tout cela, il faut que je vous dise que Melle Handwerk s’est amourachée de M. Loew, et vice-versa, et qu’elle ne pense à rien que de se marier aussitôt que possible pour être quitte de l’école. » (lettre de Cuntz du 22-09-1857)
Si cette première année scolaire fut un peu mouvementée, Loew n’en avait pas moins conquis l’estime des parents d’élèves qui souhaitaient le conserver dans la commune. Comme l’état de santé de Cuntz exigeait la prolongation de son congé d’une année supplémentaire, Loew demanda une rétribution plus satisfaisante de ses services. Mais la commune refusa de prolonger sa subvention. Cuntz se vit ainsi contraint de prendre le traitement de son aide-instituteur entièrement à sa charge. Sur ses 700 F de salaires (après 36 années de service), il consentit à verser 500 F à Loew car la retraite « 
le jetterait dans la misère la plus complète ».
Après le décès de Jacques Cuntz survenu le 30 janvier 1858, Chrétien Loew épousa le 24 novembre suivant Marguerite Siegrist, la fille d’un cultivateur aisé de la commune et fut titularisé sur le poste d’instituteur protestant de Neuwiller le 1
er février 1861. Ce beau mariage lui attira la jalousie de deux membres du conseil presbytéral qui s’opposèrent systématiquement aux diverses requêtes de l’instituteur pour la rétribution de ses fonctions de sacristain-chantre, jugeant que son union lui permettait d’assurer bénévolement les services de noces, d’enterrements et de baptêmes. La polémique enfla au point que le pasteur se vit contraint de rappeler à l’un de ses détracteurs « qu’il ne faut pas comparer un homme qui a dépensé son temps et sa fortune à s’instruire pour pouvoir donner de l’instruction à un porcher ou à un gardeur d’oies ! » (Lettre du pasteur Jaggi du 24-02-1864)
Hormis ces querelles un peu mesquines, l’instituteur Loew remplit sa mission éducative à la satisfaction d’une majorité de la population. Il organisa même une école pour adultes durant l’hiver et accueillit les élèves juifs dans sa classe à partir de 1873 malgré un effectif scolaire déjà supérieur à 50 élèves.
Loew prit sa retraite le 1
er octobre 1896. Ses affections de gorge et de poitrine eurent raison de sa santé et il décéda peu après, le 26 février 1897. « Sein Ernst und seine Gewissenhaftigkeit, die Treue in der Ausbung des Lehrerberufes, in dem er ganz aufging, verschafften ihm nicht nur die Liebe und Wertschtzung seiner Gemeinde, sondern auch die Hochachtung seiner Kollegen und die Anerkennung seiner Behrden, die in der Verleihung des Preises der Georgi-Georgnau-Stiftung und des Kronenordens IV. Klasse ihren Ausdruck fand.”
Christian Loew était père de trois enfants : Chrétien, futur maire de Soultz-sous-Forêts, Emma Mina Marguerite et Lucien Auguste décédé en 1952 à Bouxwiller.

Sources : ADBR 1TP/PRI332 – 8E322/D7
Zaberner Wochenblatt N° 25 du mardi 02-03-1897


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